A l'heure où quelques affaires de suspicion de dopage, de décisions juridiques contestées et de coureurs repentis font régulièrement la une des quotidiens sportifs et people, il peut être interessant de refaire le point sur le Passeport Biologique. Une petite piqure de rappel sur les enjeux et les dispositifs du passeport biologique peut nous permettre de mieux comprendre et admettre certaines contraintes auxquelles sont soumis les professionnels du cyclisme et certaines décisions du tribunal arbitral du sport.
Rappelons tout d'abord que c'est notamment (*) à l'initiative des instances fédérales du cyclisme (UCI) et en collaboration avec l'Agence Mondiale Antidopage (AMA) qu'il avait été décidé de mettre en place des outils plus performants et réalistes pour la détection d'anomalies sur le peloton cycliste appartenant aux Proteams et Equipes continentales Pro.
Le cyclisme fut donc l'initiateur de ce concept alors qu'il n'est pas l'unique pourvoyeur de ces méthodes déviantes sensées améliorer les performances physiques. On peut sans état d'âme nommer en la matière l'athlétisme, les sports collectifs comme le football, le rugby mais aussi le tennis, la natation...entre autres exemples.
Ainsi pour décourager et démasquer les tricheurs, l'Uci a mis en place un programme de contrôles très sophistiqué, qui combine contrôles urinaires et sanguins en compétition et surtout hors compétition. Le passeport biologique est donc un document électronique et individuel, dans lequel les résultats de ces contrôles sont consignés.
Tout l'intérêt du passeport biologique est d'ajouter à la détection directe l'établissement de profils biologiques individuels.
En effet, lors d'un contrôle classique , il n'est non seulement pas toujours possible de détecter le recours à une substance interdite, mais, en plus, il est souvent difficile de distinguer les faux-vrais positifs des vrais-faux positifs.
L'établissement, via le passeport, d'un profil biologique de chaque coureur permet de mieux définir ses limites et valeurs naturelles et ainsi détecter les variations anormales. Alors, la détection indirecte devient beaucoup plus performante que la détection directe, car les effets induits par le recours à des substances interdites durent plus longtemps que la période durant laquelle il est possible de découvrir dans l'organisme des traces de la substance utilisée.
Afin de pouvoir établir ce profil biologique, les coureurs doivent donc se soumettre à des contrôles durant les courses mais aussi en dehors des courses. D'où l'importance des méthodes de localisation (système ADAMS) auxquelles doivent se soumettre les professionnels du cyclisme car ces contrôles se doivent d'être inopinés pour être crédibles. C'est pourquoi, lorsqu'un coureur se soustrait à cette de localisation, soit volontairement, soit par oubli, il y a automatiquement suspicion de dopage, même si ce système reste largement perfectible.
Dans le détail le passeport biologique reprend les résultats des contrôles urinaires et sanguins effectués pour établir le profil hématologique et stéroidien du coureur. Le Profil hématologique permet de détecter les manipulations du sang, alors que le profil stéroidien permet d'identifier la prise de stéroides exogènes comme la testostérone par exemple.
Grâce à ces profils il devient donc possible de determiner quelles sont les valeurs limites de chaque coureur pour un paramètre donné et donc découvrir les "faux négatifs" (coureurs dopés mais ne dépassant pas les limites générales fixées) et à l'inverse ne pas accuser à tort les "faux positifs" (coureurs dépassant les limites générales alors qu'ils ne se sont pas dopés). A noter que la passeport biologique permet aussi grâce à ces profils de ciblés certains coureurs "à risque".
On voit donc bien ici que le passeport biologique est un outil très important pour la lutte anti-dopage car plus précis et plus juste que les contrôles en fin de course. Encore faut il savoir le faire évoluer dans le temps au fur et à mesure des avancées techniques et médicales et utiliser des experts reconnus et indépendants. Et à propos d'indépendance, il était important de pouvoir financer dans la plus grande transparence toutes les activités anti-dopage. Aussi, les acteurs participant au financement sont représentés au sein d'un comité des contributeurs composé de membres de l'Uci, d'organisateurs, de dirigeants d'équipes et de coureurs. En espérant que ceux ci puissent faire la différence entre intérêt collectif et intérêt individuel.
Il aura fallu beaucoup de temps et d'énergie pour faire admettre le concept de passeport biologique aux dirigeants d'équipes, aux coureurs, aux fédérations, et même si depuis 2007 cela semble accepté, chaque nouvelle affaire de suspicion de dopage, de contrôle positif ou de manquement à l'obligation de localisation remettent systématiquement tous ces dispositifs en cause selon les affinités de chacun.
(*) les fédérations internationale de ski (FIS), l'Union internationale de biathlon (IBU), l'Union internationale de patinage (ISU) et l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) font parties des précurseurs avec l'UCI en collaboration avec le Comité Olympique.
A quoi ressemble le système ADAMS ?
Dernier vidéo-clip anti-dopage de l'AMA

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